Le mystère de la momie de Rueil-Malmaison…

Elle se prénomme Ta-Iset et restera pour toujours une enfant âgée d’à peine cinq ans. Venue d’Égypte après un long, très long voyage, elle a élu domicile dans les Hauts-de-Seine, à Rueil-Malmaison. Discrète, elle n’a jamais fait parler d’elle jusqu’à ce jour de juin 2001… Étrange destinée qui a bien failli la conduire… dans une décharge.

Ta-Iset (“celle d’Isis”) semble dormir, la tête penchée sur la poitrine, délicatement enveloppée de bandelettes de lin, goûtant un repos éternel bien mérité. Quelle drôle de vie que celle qui l’a conduite des rives du Nil à celles de la Seine ! Et ce qui est plus étonnant encore, c’est que sans le tri sélectif, personne n’en aurait jamais entendu parler.
Une dame se présente un jour de juin 2001 à la mairie de Rueil-Malmaison et pose une question bien étrange : “Je suis embêtée parce que je suis en train de sortir des objets de ma cave pour les mettre aux encombrants et je ne sais pas ce que je dois faire de la momie. Si je ne peux pas la mettre avec les encombrants, dans quel bac de tri sélectif dois-je la déposer ?” Incrédule, l’employé municipal hésite entre un sourire nerveux et un rire franc mais se ravise. La dame semble être en possession de tous ses moyens et n’a pas franchement la tête d’une blagueuse. Non, elle est plutôt très embêtée par cette encombrante trouvaille. L’employé décide d’aller voir sur place et se retrouve face à un petit sarcophage contenant une petite momie de 92,5 cm. Alors, sans plus attendre, il alerte le musée de la ville qui vient quérir l’objet avant de le remiser pendant des années, et de le faire examiner par les conservateurs du Louvre. En attendant, la petite inconnue dont on ignore tout, et surtout qu’elle est une fille, hérite d’un sobriquet : Toutencombrant Ier. De quoi faire se retourner une momie dans son sarcophage !

 

Entrée en scène des experts

Pour Hervé Guénot, notre confrère du JDD qui s’est intéressé au sujet : “Selon une hypothèse crédible, cette momie aurait été rapportée d’Égypte par le général Noël Varin-Bey (1784-1863), ancien officier de Napoléon. Au service du vice-roi d’Égypte, Mehmet-Ali, à partir de 1830, Varin-Bey fonde à Gizeh une école de cavalerie et devient général de l’armée d’Égypte. De retour en France, il se serait installé en 1857 à Rueil-Malmaison avec, dans ses bagages, la momie.” Mais on n’en sait guère plus jusqu’au moment où le musée de Rueil-Malmaison décide de faire appel à des experts du Louvre, parmi lesquels la grande égyptologue Christiane Desroches Noblecourt. Pour ces familiers des sarcophages, cartonnages, bandelettes, amulettes et autres vases canopes, la petite momie date de la fin de l’époque ptolémaïque ou du début de l’époque romaine, soit entre 350 ans avant Jésus-Christ et le Ier siècle. Examinée au scanner à l’hôpital Bégin de Saint-Mandé, elle révèle alors ses secrets les plus intimes. “L’imagerie médicale a révélé un corps entier, bien conservé avec une identification complète. Sur les pièces de cartonnage peint, on voit une iconographie typiquement funéraire, un plumage d’oiseau stylé et une inscription.” Celle-ci, une fois traduite révèle le nom et le sexe du propriétaire : c’est une petite fille répondant au nom de Ta-Iset, âgée de 5 ans. “Le squelette est plutôt en bon état et la qualité de la momification indique que l’enfant devait appartenir à une classe moyenne. Les opérations pratiquées par les embaumeurs ont permis une conservation correcte du corps, enveloppé dans une assez grande quantité de lin et rigidifié grâce à la présence de tiges de palmier insérées dans la colonne vertébrale. Le corps ne renferme ni métaux précieux ni amulettes.”

 

Délicate et fragile, Ta-Iset doit être restaurée

Son identité retrouvée en même temps que le respect dû à son état, la jeune momie va désormais faire l’objet d’une restauration et c’est le Centre de Restauration des Musées de France (C2RMF) qui en a la charge. Celle-ci se déroulera en deux phases. La première concernera la momie, les textiles qui l’entourent et son cartonnage, la seconde concernera son cercueil, moins fragile. Mais on s’en doute, la restauration de cette momie a un coût : 15.450 euros. La ville y participe pour 5.000 €, la Drac Île-de-France pour 4.000 €. Le reste du financement sera abondé par une souscription de mécénat populaire organisée par la Fondation du Patrimoine, qui pourra verser une aide si la collecte atteint 5% des travaux envisagés.
“C’est la première fois que nous ouvrons une souscription pour une momie. Je ne doute pas de son succès pour un objet dont l’histoire est si curieuse”, indique Marie Tozer, chargée de mission à la Fondation du Patrimoine. Lorsque la restauration de la momie sera terminée fin 2014, elle prendra place dans une salle spécifique du musée de Rueil, aménagée dans les années à venir et dans des conditions de conservation optimales : hygrométrie à 50%, température entre 18°C et 20°C.
Ta-Iset pourra alors se rendormir, tranquille, à tout jamais…

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