Un maire rural agressé à deux reprises en six mois

Le 30 septembre dernier, Jérémy Lagarde, maire de Miradoux, dans le Gers, a reçu deux coups de poing au visage de la part d’’un démarcheur sauvage. Il revient sur cette agression, qui est la seconde en six mois.

Propos recueillis par Yannick Urrien.

Journal des Communes : Comment expliquez-vous la hausse des incivilités en milieu rural ?

Jérémy Lagarde : Notre commune s’est beaucoup développée après la crise sanitaire. Des résidences secondaires sont devenues des résidences principales, avec une augmentation de près de 200 personnes en l‘espace de deux ans, souvent en provenance des grandes villes. Ensuite, les gendarmes vont beaucoup dans les villes, notamment pour des questions de lutte contre la drogue, et les voyous descendent dans les petites villes. Nous avons perdu notre gendarmerie en 2016 et maintenant il faut 45 minutes pour que les gendarmes se déplacent chez nous. Il peut se passer beaucoup de choses en 45 minutes! En juin dernier, il y a eu une tornade et beaucoup de gens du voyage sont venus sur la commune pour prospecter la population afin de faire des travaux. Le problème, c’est qu’ils sont parfois très insistants, notamment auprès des personnes âgées. Nous avons quand même eu deux blessés physiques à cause de ces pratiques. Moi-même, j’ai été blessé, parce qu’ils ne veulent pas faire les choses dans les règles. J’ai simplement expliqué que les règles étaient pour tout le monde et qu’il fallait d’abord s’identifier à la mairie avant de faire du porte-à-porte. 

Aujourd’hui, tout le monde est très procédurier… et tout le monde a peur de la société, alors qu’avant, les gens ne fermaient même pas leur porte !

JDC: Cette année, vous avez été agressé à deux reprises…

JL : Oui, la première, c’était en février, suite à un cambriolage de la déchetterie. Ensuite, c’est ce que je viens de vous raconter, c’est une personne du voyage qui faisait du porte-à-porte et je lui ai juste demandé de se présenter à la mairie. Il est possible de faire du porte-à-porte, mais avec l’autorisation du maire. Nous voulons uniquement vérifier que l’entreprise soit immatriculée. Ensuite, nous avertissons la population, en expliquant que telle entreprise va faire du porte-à-porte. Je trouve que c’est plutôt rassurant pour la population, comme pour l’entreprise d’ailleurs. Il faut que tout le monde se sente en sécurité, les entreprises comme les habitants. Avec un papier écrit de la mairie, l’entreprise sera mieux accueillie par les habitants.

JDC : Vous avez 30 ans, quelle est votre analyse de cette société ?

JL : Mes parents m’expliquent qu’avant, il y avait beaucoup d’entraide. On se tapait dans la main et tout le monde respectait sa promesse. Aujourd’hui, tout le monde est très procédurier, tout doit être écrit et tout le monde a peur de la société. Avant, les gens ne fermaient même pas leur porte. Depuis 2010,on a eu une augmentation de 15 % des cambriolages. Cela nous fait peur.

JDC : En avez-vous parfois ras-le-bol ?

JL : Oui, j’ai été élu pour développer le village, pour faire des travaux et pour relancer notre commune. Je n’ai pas été élu maire pour me faire taper dessus et pour mettre ma famille en difficulté. Tout cela a des conséquences sur ma vie privée, puisque les gens du voyage m’ont dit qu’ils allaient me retrouver et surtout retrouver ma famille. J’ai entendu cela. l’enquête est en cours et une personne a déjà été arrêtée. Le fait de rester maire va aussi dépendre de la justice: si la sanction pénale est juste, alors je serai en sécurité; mais si, demain, la personne reçoit simplement un rappel à l’ordre, alors je n’aurai plus envie d’être maire. J’ai dit cela au préfet. J’adore mon village. J’ai passé mon enfance à Miradoux, je suis quelqu’un du terroir, je suis maire pour développer mon village, je ne fais pas cela pour un salaire de 780 € et j’ai un métier à côté. Donc, je dois me sentir en sécurité dans ce que je fais, y compris pour ma famille. Quand j’ai vu le développement de la violence en milieu rural, je me suis dit que cela n‘arriverait jamais chez nous. Or, finalement, c’est le cas. Je comprends les élus qui ont peur. Nous essayons d’aider tout le monde. Nous sommes en contact avec toute la population et les entreprises. Tout le monde se connaît dans une commune comme la nôtre et l’on essaie de régler les problèmes de voisinage aussi. Malheureusement, c’est de plus en plus compliqué, car les gens sont de plus en plus agressifs. Il faut faire preuve de pédagogie en permanence. Les gens n’acceptent plus de reconnaître qu’ils ont fait une bêtise, plutôt que de s’excuser et de passer à autre chose. Le ton devient très vite agressif. 

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