Quand une commune s’appelle Saint-Valentin, il n’est pas surprenant qu’elle attire des centaines d’amoureux chaque 14 février et des milliers de visiteurs tous les ans . Ce village de I’Indre, qui compte 300 habitants, a décidé de faire de son nom une opportunité. Dès sa prise de fonction, dans les années 80, Pierre Rousseau et son équipe municipale ont bâti le Jardin des amoureux et d’autres animations pour faire venir les couples.
Propos recueillis par Yannick Urrien.
Journal des Communes : Votre objectif est-il de développer le tourisme à l’année sur le thème de I’amour?
Pierre Rousseau : Effectivement. Nous avons créé des structures qui fonctionnent toute l’année, comme un Jardin des amoureux, où les gens peuvent venir planter des arbres. Il y à aussi un arbre avec des feuilles en forme de cœur et les gens peuvent faire graver des messages. Il y à un arbre aux vœux où les gens peuvent écrire un vœu sur un papier pour l’accrocher dans l’arbre. Il y a également un kiosque où l’on peut se prendre en photo, qui s’inspire du kiosque de Valence. Nous avons aussi un grand cœur où les gens peuvent se prendre en photo. Tout cela dans le Jardin des amoureux qui fait 2,5 hectares. Nous avons une boutique souvenir avec une agence postale communale et le cachet de La Poste représente deux cœurs entrelacés. Nous avons une médiathèque qui est ouverte toute l’année, avec des revues et des dessins originaux. La commune a la chance d’avoir un restaurant étoilé Michelin, qui est tenu par des Japonais, c’est le seul restaurant étoilé Michelin du département. Les Japonais sont très attirés par le concept de la Saint-Valentin. J’organise également des confirmations de mariage n’importe quand dans l’année. Vous savez que, pour se marier en France, il faut que l’un des deux époux ait une adresse dans la commune de mariage. Or, c’est difficile chez nous, puisque nous avons 300 habitants, et c’est pourquoi j’ai mis en place des confirmations de mariage à tout moment de I’année, pour tous les couples déjà mariés, et je refais le mariage comme une première fois. Simplement, ce n’est pas inscrit à l’état-civil. Tout cela fonctionne toute l’année.
JDC: Avez-vous pu chiffrer ce que cela apporte à la commune en termes de développement économique?
PR : Non. Cela permet de gérer le fonctionnement de la commune, mais ce n’est pas vraiment du business. Le restaurant étoilé Michelin est complet presque tout le temps. C’est le seul du département, donc ce n’est pas simplement parce qu’il est dans notre village, c’est surtout en raison de la qualité de sa cuisine. J’ai beaucoup de confirmations de mariage tout au long de l’année, cela coûte 220 €, avec un reportage photo et une coupe de champagne. Donc, on ne peut pas vraiment parler de business, c’est surtout pour faire plaisir aux gens. En ce qui concerne l’agence postale, il y a aussi quelques souvenirs autour de la Saint-Valentin.
JDC: Quel est le type de clientèle qui est attirée par cette offre?
PR: Ce sont des gens plutôt âgés. Beaucoup de couples sont venus chercher un diplôme d’amour pour la Saint-Valentin. Il y a même un couple qui habite dans le Var et qui a vu le reportage à la télévision. L’homme a 85 ans, sa femme a 82ans, elle est hospitalisée depuis quelques mois, il va la voir à l’hôpital tous les jours. Il m’a demandé un diplôme d’amour que je viens de leur envoyer avec beaucoup de plaisir.
JDC: Vos administrés sont-ils contents de tout cela?
PR: IIs participent. Mais pour organiser les différents services, surtout au moment de la Saint-Valentin, je suis obligé de faire appel à des personnes qui ne font pas partie du conseil municipal. Les gens sont contents parce que le nom du village attire beaucoup de monde et, au moment de la Saint-Valentin, nous avons eu des visiteurs de toute la France. Je souhaite maintenant pouvoir installer un panneau Saint-Valentin sur l’autoroute. Mais l’autorisation est difficile à avoir, parce que nous ne sommes pas le premier village qui touche l’autoroute et les règlements sont compliqués. J’essaie de convaincre la préfecture de cela.