Conseiller départemental de l’Aisne et adjoint au maire d’Aguilcourt, Paul Mougenot, 35 ans,
a été I’un des visages du mouvement de contestation des agriculteurs français sur les chaînes
d’informations. Il est en effet élu aux chambres d’Agriculture de son département et de la région
des Hauts-de-France sur la liste de la Coordination Rurale. À ce titre, il a rencontré à Paris le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, et le nouveau Premier ministre, Gabriel Attal.
Propos recueillis par Jérôme Besnard.
Journal des Communes: Quel bilan tirez-vous de cette mobilisation ?
Paul Mougenot: Le nouveau gouvernement n’a pas compris I’ampleur du sentiment de mépris à l’égard du pouvoir politique qui s’est généralisé au sein de la ruralité. Le monde agricole n’est pas encore mort. Il a envie de se battre pour sa survie et pour une production de qualité, une agriculture française qui serait enfin soumise aux mêmes normes que les produits d’importation. Nous refusons de nous incliner devant la mise en place d’une concurrence déloyale au plan européen (Ukraine) et international (accords de libre-échange).
JDC: Comment jugez-vous les premières évolutions annoncées aux plans français et européen?
PM: Il faut que nous demeurions vigilants et déterminés. Nous ne sommes pas un segment électoral souhaitant se faire draguer par les politiciens, encore moins un viager pour des parlementaires! Notre première victoire, c’est que les nouvelles taxes sur le gazole non routier (GNR) sont abandonnées. D’autre part, Bruno Le Maire a évoqué l’allégement de l’impôt sur la mort, c’est-à-dire sur les successions, qui pèse sur la transmission des fermes familiales, risquant par la même de concourir à la financiarisation de la propriété foncière agricole. Reste le plus important: 40 % des exploitations agricoles de notre pays ont des problèmes de trésorerie, ce qui nous confirme dans la revendication d’obtenir des prix et pas des primes! Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail et moins dépendre des subventions publiques.
JDC: Que vous inspire la coexistence entre agriculteurs et néo-ruraux?
PM: Quand on vient vivre à la campagne, que I’on s’installe dans un village, on doit savoir à quoi s’attendre! Ce qui n’empêche pas les agriculteurs de déployer de la pédagogie vis-à-vis des rurbains. Par exemple, avant de commercer les moissons, je préviens tout naturellement les voisins de ma ferme afin qu’ils puissent couvrir leur piscine préalablement. Un minimum de courtoisie facilite beaucoup la nécessaire coexistence pacifique entre nous.