Le journaliste Stéphane Bern est l’une des personnalités du monde médiatique préférées des
Français. Il est engagé au quotidien dans la défense du patrimoine architectural en danger. Le
Président de la République lui a confié en 2017 le soin de présider aux destinées de la « Mission
patrimoine » chargée de sélectionner les projets financés par le loto du Patrimoine. Il a publié
l’an dernier chez Albin Michel le récit de la restauration par ses soins du Collège royal et militaire de Thiron-Gardais, sa propriété d’Eure-et-Loir ouverte au public.
Propos recueillis par Jérôme Besnard.
Journal des Communes : Certaines municipalités se résignent à détruire des églises rurales jugées vétustes. Comment en est-on arrivé là ?
Stéphane Bern : L’église est l’âme d’un village. C’est souvent le premier contact des Français avec le patrimoine, leur premier accès à l’art. Malheureusement, la baisse de la pratique religieuse a eu des conséquences néfastes sur l’entretien des édifices cultuels, devenus essentiellement des lieux culturels. On est passé d’une dimension essentiellement spirituelle à une dimension avant tout patrimoniale.
Deuxièmement, la restauration des édifices religieux a cessé d’être un enjeu de politique locale. On préfère désormais bien souvent investir dans un stade ou dans une salle des fêtes que dans la restauration de l’église du village. Il est parfois difficile pour les maires ruraux de convaincre leur conseil municipal d’engager des travaux relatifs au patrimoine religieux. Voilà le paradoxe: on ne veut plus payer pour entretenir les églises mais après on
va déplorer leur démolition!
L’église est souvent le premier contact des Français avec le patrimoine.
JDC : Justement, que peut-on faire pour remédier à ce paradoxe?
SB: À cette situation, il existe évidemment des réponses. D’abord l’initiative privée à plusieurs échelles. Beaucoup d’associations locales d’entretien du patrimoine religieux ont vu le jour sur tout le territoire. Au niveau national, il y a bien sûr le travail remarquable de la Fondation du Patrimoine. Enfin, depuis quelques années, j’ai la joie de constater la prise de conscience de l’Église quant à l’entretien de ce patrimoine irremplaçable, bien qu’il soit depuis 1905 la propriété des communes et les diocèses seulement les affectataires. L’autre axe de travail c’est la simplification administrative: trop de petites communes n‘ont qu’un secrétaire de mairie et les dossiers de demandes de subventions pour les églises sont bien souvent complexes. Les départements ou l’Etat peuvent ici apporter leur concours et leur savoir-faire. faut aussi se pencher sur la question des communes nouvelles ou des intercommunalités qui se retrouvent avec plusieurs églises à entretenir. Cela pose évidemment des problèmes pour mobiliser les budgets nécessaires.
JDC : Comment l’Etat, qui a la charge de l’entretien des seules cathédrales, peut-il aider financièrement les communes à entretenir les églises qui ne seraient pas classées monuments historiques ?
SB : En permettant des déductions fiscales ! C’est ce qu’a annoncé Emmanuel Macron le 15 septembre à Semur en-Auxois, à la veille des 40° Journées du patrimoine, à travers une souscription publique destinée à la sauvegarde du patrimoine religieux des communes de moins de 10 000 habitants. Elle permettra de défiscaliser 75 % des dons jusqu’à la somme de 1 000 euros. L’Etat fait ainsi appel à de l’argent privé tout en consentant à un avantage fiscal substantiel. Cela va évidemment dans le bon sens.
JDC : Quelle est la part du patrimoine religieux dans les projets de restauration financés par la Mission patrimoine dont vous assurez la présidence ?
SB : Sur 5 000 dossiers reçus, nous en avons sélectionné 862 depuis 2018. Les églises rurales y sont largement représentées, on en compte largement plus d’une centaine. Il faut y ajouter des abbayes mais aussi de nombreuses synagogues et des édifices protestants et orthodoxes.